Un meilleur management pour plus de croissance


21 août 2019

J’attends chaque année les vacances d’été avec impatience car je sais que je vais enfin pouvoir travailler sérieusement. A l’inverse, je vois arriver septembre avec appréhension : entre les transports, les réunions inutiles et les inévitables déjeuners professionnels, ma concentration va beaucoup y perdre. Je ne me plains pas. N’étant pas salarié, je n’ai pas à subir les multiples contraintes imposées par les entreprises qui, pour une raison mystérieuse, s’emploient à empêcher leurs salariés de travailler. Tel est le management contemporain, celui que Julia de Funès et moi dénonçons depuis un an. Dominées par la peur, l’infantilisation et l’égalitarisme, les entreprises se perdent en réunions sans fin, en séminaires inutiles, en formations bidon, voire en jeux (notamment les ineffables escape games), la dernière niaiserie managériale à la mode, qui fait le bonheur de certains coachs et consultants mais le malheur de salariés qui aimeraient avoir une vie professionnelle épanouie.

Car, contrairement à la légende, ni les Français ni les jeunes ne sont paresseux. D’après une enquête publiée par Accenture Strategy en 2017, quasiment 50% des individus de la « génération Z » (nés après 1993) sont prêts à travailler le soir ou le week-end. Ils attendent en retour une large flexibilité dans l’organisation de leur travail pour pouvoir mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie privée. Nous touchons à une revendication sociétale essentielle : les salariés veulent davantage d’autonomie, par exemple sous forme de télétravail. Les entreprises auraient aussi beaucoup à y gagner. En effet, la généralisation du numérique, de la robotique et de l’intelligence artificielle dans les entreprises modifie les métiers. Cette troisième révolution industrielle automatise les tâches routinières et libère du temps pour que les salariés puissent réellement apporter de la valeur aux clients : par la résolution de problèmes complexes et inattendus et en développant des interactions sociales de qualité. Autrement dit, les salariés doivent disposer d’autonomie pour ne pas être concurrencés (et voir à terme leur métier disparaître) par la technologie.

Cette inadaptation du management a des conséquences macroéconomiques. Le prix Nobel d’économie Robert Solow affirmait dès 1987 qu’il voyait des ordinateurs partout sauf dans les statistiques de la productivité. On pourrait faire la même remarque aujourd’hui à propos des smartphones et des algorithmes. De fait, à part un réveil récent aux Etats-Unis, les chiffres de la productivité du travail restent un peu partout décevants. Certains économistes pensent que c’est la faute de la technologie. C’est sans doute surtout la faute des entreprises dont l’organisation et le management sont souvent un frein à la productivité. Il suffit de voir la complexité du parcours client pour louer une voiture, toucher une assurance à la suite d’un sinistre, ou même parfois régler dans un restaurant, pour comprendre que ce sont plus les process, le manque de formation et le management qui sont un obstacle à la productivité, plus que les limites de la technologie !

Il ne sert à rien de recruter des personnes en chair et en os, soumises aux charges sociales et au droit du travail, dont le rôle en cas d’imprévu est de dire derrière un comptoir : « Désolé mais c’est le process ». Un avatar bon marché saurait très bien faire ça. Les gisements de productivité et donc de croissance se trouvent en grande partie dans la reconfiguration du management, un management qui donne du sens, laisse de l’autonomie, exige de la responsabilité. Les salariés ont besoin de plus d’autorité et de moins d’autoritarisme. Ils seront plus productifs et verrons avec joie approcher la perspective de septembre. Entreprise, laissez vos salariés travailler !

Article publié dans L’Express du 21 août 2019

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