Un coronavirus, et le travail devient numérique


23 mars 2020

Cela faisait dix ans que s’enchaînaient les rapports sur la numérisation de l’Education Nationale, et en une semaine, l’enseignement a basculé sur WhatsApp. Cela faisait cinq ans que les entreprises annonçaient des grands plans en faveur du télétravail, et en deux jours, tous les cols blancs se sont retrouvé interdits de mettre un orteil au bureau. Fin des discours, place aux actes. Contrainte, la France se convertit au numérique.

La crise du coronavirus rappelle la puissance des services digitaux pour communiquer, s’informer, se divertir. L’atout numéro un des outils saute aux yeux : leur facilité d’usage. En quelques minutes, on télécharge l’application, la prend en main et se met au travail. Moins visible, un autre avantage, considérable, du numérique est à l’œuvre : le coût marginal nul. Un utilisateur supplémentaire de Skype, de Facebook, de WhatsApp, de Zoom, de Netflix, de Youtube ne coûte rien à l’entreprise. Et des millions d’individus peuvent affluer vers les applications sans les faire exploser. Dans le monde physique, impossible de tous, immédiatement, se mettre à communiquer par carte postale sans faire dérailler le système. Comme il est malheureusement impossible, pour tous, de se ruer vers les masques, les pâtes ou les hôpitaux.Dans le monde en ligne, la faiblesse des coûts marginaux permet d’accueillir un afflux d’utilisateurs en conservant des prix nuls ou faibles et uneattente quasi-nulle. En cas de surchauffe, on réduit simplement la qualité du débit.

L’explosion des usages numériques pendant le coronavirus est l’occasion de reposer les grandes questions qui traversent la filière. Comment le numérique crée de l’emploi ? Par ses effets indirects et induits, principalement. Le secteur pose-t-il des problèmes de concurrence ? Probablement, et l’analyse des nouvelles formes de pression concurrentielle doit progresser. L’Europe a-t-elle sa chance face aux Etats-Unis et à la Chine ? A ce jour, non, et des politiques volontaristes paraissent nécessaires pour rattraper notre retard dans l’économie de la donnée.Les plateformes déforment-elles les débats et l’accès à l’information ? Oui, les biais cognitifs sont puissants, en ligne. De nouvelles relations de pouvoirs émergent-elles ? Bien sûr, le numérique favorise un glissement vers une société de contrôle.

Cette semaine, à l’occasion du confinement, ASTERES publiera ou republiera ses études, travaux, vidéos, articles ou conseils de lecture sur les grands enjeux du numérique. Et toute l’équipe se tient à votre disposition pour pousser ensemble l’analyse.

Charles-Antoine Schwerer, Directeur des études chez ASTERES

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