Pour une politique écologique efficace et réaliste


10 avril 2019

Le débat sur l’écologie a perdu toute forme de rationalité. Il est dominé par une « moraline » qui dessert la cause qu’il prétend servir. D’un côté, des politiques déclassés ou des soi-disant intellectuels qui ne sont toujours trompé sur tout nous expliquent que l’écologie est forcément socialiste. C’est bizarre, car les pays qui sont les plus respectueux de l’environnement (comme la Suisse ou les Pays-Bas) sont aussi les plus libéraux. D’un autre côté, de jeunes gens adorables, mais qui pensent que c’est en séchant le lycée qu’ils vont faire avancer la cause environnementale. Au contraire, pour lutter contre le dérèglement climatique, la baisse de la biodiversité, la pollution des plastiques dans les océans ou pour extraire des métaux rares proprement, nous avons besoin de former des bataillons de jeunes ultra-compétents. Nous avons aussi besoin d’argent, c’est-à-dire de croissance. Comme le répète le Prix Nobel d’économie 2018, William Nordhaus, pour mener une politique écologique soutenable, il faut des ressources, c’est-à-dire de la croissance économique. Comment accélérer la recherche sur les batteries, comment moderniser les centrales nucléaires, comment, tout simplement, installer des bornes de recharge électriques sans investir de l’argent qui ne tombe pas du ciel ? On ne gagne pas une guerre avec des bons sentiments, ou alors c’est qu’on ne la prend pas au sérieux.

Les vrais écologistes, dont je fais partie depuis longtemps, doivent concentrer leurs réflexions sur deux points : la productivité des investissements verts (par exemple la réduction des émissions de CO2 rapportée au coût de cette réduction) et l’acceptabilité politique de l’écologie. La question de la productivité commande d’y réfléchir à deux fois avant de mettre à l’arrêt des réacteurs nucléaires. Autant le gouvernement a parfaitement raison de faire sortir notre pays du charbon, autant les choix en matière de nucléaires doivent être soupesés encore et encore car les décisions dans ce domaine sont difficilement réversibles, comme en témoigne la désastreuse politique énergétique allemande. Sortons aussi du débat réducteur nucléaire/éolien/photovoltaïque. La France pourrait, par exemple, faciliter les implantations d’usines de biogaz, rendues difficiles par une réglementation bien trop tatillonne. Il s’agirait de valoriser un large spectre de déchets pour produire du biométhane, un gaz propre et 100% renouvelable. Ces politiques seraient novatrices en France car laissant une grande part d’organisation aux collectivités locales, ce qui nous amène au second point, celui de l’acceptabilité. Les Français n’ont-ils pas exprimé le souhait, dans le cadre du « grand débat », d’aller vers des politiques plus décentralisées ? Dans le domaine de l’énergie, cela consisterait à inscrire la transition énergétique dans un projet politique local.

L’acceptabilité politique consiste aussi à sortir d’un discours punitif. C’est tout le problème de l’instauration d’une taxe carbone mondiale ou d’une fiscalité écologique européenne. Ces politiques seraient efficaces mais elles se heurtent pour l’heure, à un rejet populaire. Il est certes nécessaire de préparer l’avenir et de convaincre que ces politiques devront être mises en œuvre un jour. Mais, en attendant, il faut mener des politiques peut-être moins ambitieuses, mais qui permettent aux Français de diminuer leurs dépenses et d’améliorer leur qualité de vie. Poussons, par exemple, le télétravail dans les entreprises et dans le secteur public où il est quasi inexistant dans les faits. Les salariés parcourent chaque jour en moyenne 25 km entre leur domicile et leur lieu de travail. Deux jours par semaine de télétravail, c’est 10% d’émissions carbone en moins. Et en plus, cela permet de travailler plus sérieusement que dans un open space où se concentrer relève du défi…

Article publié dans L’Express du 3 avril 2019

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