Patrimoine et musées sous le règne du smartphone


7 avril 2020

Il y a presque un an, nous avons constaté la fragilité de notre patrimoine en regardant de près, de loin ou sur nos écrans la cathédrale Notre-Dame de Paris brûler. Aujourd’hui, le visage patrimonial de la France est figé : à Paris, les travaux sur la cathédrale sont suspendus, l’ouverture du projet colossal de la Bourse de commerce est reportée et partout, les institutions muséales, monuments et galeries sont fermés pour une durée indéterminée.

La vie culturelle en revanche, n’est pas figée. De nombreux musées et monuments historiques ont mis en place des accès à leurs collections en ligne, ainsi que des activités et des contenus inédits. Le Louvre a d’ailleurs constaté un bond dans les visites sur son site. Plusieurs concours ont été lancés entre internautes pour reproduire, à la maison, des toiles et sculptures avec les moyens du bord. Des tableaux sont parodiés en « memes » pour représenter le quotidien, l’ennui, la paresse. Nous découvrons qu’une autre accessibilité est possible. La visite d’un lieu culturel est certes un événement sensible, mais aussi social. S’y rendre, c’est autant y admirer les œuvres et l’architecture que d’en parler autour de soi. Là se trouve un nouvel enjeu de transition notamment pour les expositions artistiques : tout d’abord Salons privés et élitistes, étendues à la bourgeoisie marchande, elles ont ouvert peu à peu leurs portes aux publics dans leur ensemble en recherchant ce que le ministère de la Culture a appelé la « démocratisation ». A présent, la politique culturelle doit se concentrer sur une phase de digitalisation et d’hypercommunication qui inclue autant les grandes que les plus modestes institutions. Le confinement imposé est une raison de plus pour se tourner vers ces nouvelles formes de consommation culturelle. L’exposition digitale doit rester un lieu de découverte et d’admiration, mais également concevoir un partage d’expérience.

L’application du Rijksmuseum permet par exemple de créer sa propre collection, en répertoriant les œuvres souhaitées sur un profil public. Dans son application, le Google Arts and Culture donne la possibilité de projeter des chefs d’œuvre chez soi et partager la photo de son intérieur ainsi agrémenté. La plateforme apporte également l’enjeu majeur de l’immersion dans des lieux patrimoniaux et historiques, où que l’on soit. Récemment, l’Institut du Monde Arabe présentait une déambulation virtuelle et émouvante au cœur des « cités millénaires », dont Palmyre, Leptis Magna, Alep. Au château de Chambord, la tablette Histovery permet de se plonger dans les salles aménagées avec les décors de l’époque fastueuse. Les formats et solutions, existants ou à développer, sont construits en harmonie avec nos nouvelles pratiques sociales et technologiques. A l’origine destinés à un cercle restreint de privilégiés, le patrimoine et les Beaux-Arts se pensent désormais dans leur accessibilité totale.

Constance Péruchot
Chargée de mission