L’importance de construire une Europe puissante


30 mai 2018

 

L’Europe se voit comme un oiseau fragile, un petit animal qui aurait la morale pour lui mais serait condamné à subir voire à se défendre, face au manque de loyauté des uns et à la violence des autres. Cette vision risque de la tuer. Les structures politiques européennes furent construites sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale pour faire de notre continent un espace de paix. L’Europe d’après-guerre ne s’est pas voulue comme puissance, alors même que c’est ce qu’elle doit devenir aujourd’hui pour sauver sa souveraineté dans un monde dominé par la mondialisation, l’innovation et le retour du nationalisme. Dans des domaines différents, deux épisodes récents l’ont montré : la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et la mise en place du RGPD (règlement européen sur la protection des données).

L’épisode iranien a fait découvrir au public la notion d’extraterritorialité du droit, un outil d’influence extrêmement puissant, qui permet aux Américains de faire respecter leurs lois en de nombreux points de la planète. Toute entreprise qui effectue des transactions en dollars ou utilise des technologies made in USA est réputée soumise au droit américain. C’est ce qui permet à Donald Trump de menacer de sanctions les entreprises européennes qui commerceraient avec l’Iran, alors même que l’Europe souhaite faire vivre l’accord de Vienne. Cette façon de faire américaine est insupportable sur le principe et contraire à nos intérêts et à notre souveraineté. Si elle veut exister, l’Europe doit répondre de deux façons. Elle doit prendre des sanctions juridiques lourdes contre des entreprises américaines qui opèrent en Europe sans respecter notre droit. On se souvient que les tribunaux américains avaient condamné BNP Paribas à une amende de 9 milliards de dollars car elle avait financé en devise américaine le commerce de pays sous embargo. On attend toujours des sanctions contre les banques américaines qui ont aidé des pays comme la Grèce à maquiller leurs comptes publics. D’autre part, l’Union Européenne doit réactiver le règlement « blocking regulations » de 1996, qui dévitalise juridiquement l’extraterritorialité américaine. Si nos amis outre-Atlantique ne comprennent que la force, ne leur opposons ni la morale ni la désunion.

L’Europe doit également penser sa politique dans les domaines du numérique et de l’intelligence artificielle par le prisme de la puissance. Le RGPD veut protéger le consommateur européen. Fort bien. Simplement, ce RGPD introduit une grande complexité et des coûts importants, pour les grandes entreprises mais aussi pour les petites, pour les startups comme pour les acteurs traditionnels. Surtout, cette directive n’est pas adaptée à la nature du cycle d’innovations actuel. Celui-ci est porté par des algorithmes qui sont d’autant plus performants qu’ils utilisent un grand nombre de données. Ce qui fait la puissance d’Alibaba, Tencent ou de Netflix, c’est d’être capables de collecter et de traiter des milliards de data. Le RGPD va certes leur mettre des bâtons dans les roues, mais à nous aussi. Avec cette réglementation, nous punissons les autres mais nous nous empêchons de les rattraper.

Sans Europe intégrée socialement et fiscalement, sans marché unique du numérique et du capital, sans politique étrangère commune, notre économie va devenir la sous-traitante d’un duopole sino-américain qui maîtrisera le big data, captera les meilleurs emplois et nous imposera sa diplomatie. Cette Europe-puissance passe avant tout par un rapprochement politique avec l’Allemagne. Les Allemands font du préalable à toute discussion la diminution de notre endettement public et ils ont raison. Réduire notre endettement est aussi dans notre intérêt et c’est la condition nécessaire à la construction d’une Europe puissance. Il n’est pas de politique plus urgente.

 

Article publié dans L’Express le 23 mai 2018

 

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