Le plan Borloo n’est pas à la hauteur des enjeux


16 mai 2018

 

Depuis quarante ans, les plans banlieue se suivent sans succès. Sinon, on ne voit pas pourquoi le président de la République aurait demandé à Jean-Louis Borloo des propositions « pour que cette fois ça marche » comme le rapporte l’ancien ministre. J’ai donc lu les 164 pages de son rapport, un document qui s’inscrit dans la continuité du passé et qui considère fondamentalement que le problème des banlieues est lié à l’égoïsme du reste du pays. Il propose donc à ces quartiers plus de transports, plus de policiers, plus d’écoles, plus d’éducateurs, plus d’associations, plus de médecins… Tout n’est pas à rejeter. Jean-Louis Borloo veut, par exemple, relancer la rénovation urbaine. Il a raison. Certains maires, comme Jean-François Copé, à Meaux (Seine-et-Marne), ont utilisé de l’argent public pour détruire des tours et reconstruire des quartiers entiers au bénéfice de la mixité et de la sécurité. Il faut que ces bonnes pratiques puissent être imitées.

Simplement, le plan Borloo n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Ses propositions seraient adaptées si elles étaient le supplétif d’une autre manière d’aborder le problème des banlieues : considérer qu’elles sont, non pas des zones qui « manquent de », mais des espaces où se démultiplient les problèmes qui se posent à un moindre degré dans tout le pays. Ainsi, la France souffre d’un phénomène de chômage de masse, largement concentré chez les jeunes, avec également une surreprésentation des populations immigrées. Eh bien, d’après les données de l’Observatoire national de la politique de la ville, le taux de chômage est 2,5 fois plus élevé dans les quartiers sensibles que dans le reste du pays. Celui des jeunes y approche les 30% et celui des immigrés dépasse 25%. Quant à l’insécurité et la radicalisation islamiste, elles y sont évidemment plus présentes qu’ailleurs. Ces banlieues ont moins besoin de discrimination positive que d’une politique nationale de l’emploi efficace, d’un renforcement des moyens de la police et de la justice et d’une lutte opiniâtre contre l’intégrisme islamiste.

Sur les questions d’emploi, le gouvernement a fait d’excellents choix. Les ordonnances travail, la réforme de l’apprentissage et celle de la formation professionnelle s’attaquent au « chômage structurel ». En revanche, la gestion budgétaire n’est pas en phase avec l’intérêt à long terme du pays en général et des banlieues en difficulté en particulier. Même si les budgets de la police et de la justice augmentent dans le budget 2018, l’effort à faire pour remettre à niveau les moyens de l’État régalien reste considérable. Les dépenses de ce dernier représentaient la moitié des dépenses publiques il y a un siècle, avant de tomber à moins d’un dixième aujourd’hui. Dans le même temps, les dépenses de Sécurité sociale ont augmenté jusqu’à dépasser celles de l’État. D’un côté, la France a la dépense publique la plus élevée de tous les pays de l’OCDE. De l’autre, notre pays est, sur 28 pays européens, classé 22ème en termes de budget de la Justice rapporté au PIB. Réinvestir dans le régalien exige une restructuration de notre sphère publique qui est pour l’heure à peine envisagée.

Certains de mes amis libéraux considèrent que le gouvernement a raison de prendre ses distances avec les demandes de ceux qui l’appellent à réinvestir le champ régalien avec fermeté. Qu’ils se souviennent ce qu’écrivait Adam Smith en 1776 dans La Richesse des Nations : « Le premier devoir du souverain est de protéger la société contre la violence et l’invasion. […] Le second devoir est de protéger, autant qu’il est possible, chacun des membres de la société contre l’injustice ou l’oppression de tout autre membre de cette société. » Une économie libre et prospère ne peut subsister sans un État qui se fait respecter, dans les banlieues et ailleurs.

 

Article publié dans L’Express le 9 mai 2018

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