La santé de demain, l'économie d'après demain


3 décembre 2014

Chaque grande vague d’innovation rebat les cartes entre acteurs et secteurs. Hier pour faire de bonnes voitures, il fallait faire de bons boulons. Peugeot a dévoré les constructeurs de carrioles. Demain pour bien guérir, il faudra faire de bons algorithmes. Google s’attaque à la santé. L’annonce du programme de recherche de Google X sur les nano-diagnostics médicaux est une goutte dans la vague des technologies médicales. Le secteur de la santé devrait être prochainement révolutionné par les innovations NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, internet et cognition (intelligence artificielle).

Du médiatisé Raymond Kurzweil, ingénieur en chef de Google, au français Laurent Alexandre, chirurgien-urologue auteur de La mort de la mort, foule d’acteurs du secteur élèvent la voix pour assurer que nous vivrons jusqu’à 130, 150, 200 ans en bonne santé. Ces esprits apparemment brillants nagent-ils en plein délire ou le monde sera-t-il transfiguré sous peu ? La prochaine réforme des retraites sera serrée si nous vivons jusqu’à 130 ans ! Il faudrait alors évidemment repenser le travail, la famille, la formation, la société.

Que ces prédictions soient justes ou fausses, une vague d’innovation radicale se prépare. Le décodage du génome va permettre de prévenir des maladies chroniques. L’informatisation de la mémoire de lutter contre la maladie d’Alzheimer. Ces technologies répondent aux fonctions traditionnelles de la médecine : prévenir et réparer. Cependant, une nouvelle possibilité apparaît : augmenter. Informatiser la mémoire offrira la possibilité de se souvenir de tout. Maîtriser la génétique permettra de modifier l’ADN des embryons. En Chine, un programme de décodage du génome d’une centaine de surdoués est en cours ! L’objectif est de découvrir les causes génétiques de cette sur-intelligence pour pouvoir modifier ensuite les embryons et construire des génies.

Dans notre monde concurrentiel (entre les entreprises, les individus mais aussi les pays) tout ce qui est techniquement faisable et économiquement rentable finit bien par advenir. Que ces pratiques soient d’abord mises en œuvre en Chine, dans la Silicon Valley ou n’importe où, elles risquent fort d’atterrir chez nous. Une tension majeure apparaît alors entre logique économique et choix politique. Pour être en pointe sur ces technologies et donc tirer les fruits de la croissance à venir, la logique économique pousse à s’investir corps et âmes dans cette « augmentation » de l’homme. Pour inverser la courbe du chômage, manipulons les embryons ! Cependant notre rapport à la technique et à la nature humaine laissent supposer une forte opposition politique (et même philosophique).

Comment résoudre la contradiction ? Comment préparer notre économie et notre société à ces changements majeurs ? Comment concilier notre schéma de pensée et ces innovations radicales ? C’est probablement l’immense défi intellectuel de ces prochaines années. Les scientifiques ont bien travaillé, aux penseurs d’en faire de même.

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