Concilier cancer et emploi : une équation économiquement gagnante


cancer Cancer@work Santé
5 February 2017

Il est urgent d’introduire une meilleure gestion des maladies chroniques sur le lieu de travail face au défi qu’elles représentent. Les maladies chroniques mobilisent 61% des dépenses totales de l’Assurance maladie, concernent 35% de la population (dont un nombre croissant d’actifs) mais restent encore mal intégrées par les entreprises françaises, en-dehors de quelques pionnières. D’après l’enquête européenne sur les forces de travail (Eurostat 2011), la France accuse l’un des écarts les plus importants, au sein des pays de même niveau de vie, entre les taux de chômage des personnes limitées dans leur travail pour des raisons de santé et les taux de chômage des personnes en bonne santé. L’écart français (13 points) est supérieur de 4 points à la moyenne européenne.

La survenue d’un cancer multiplie par près de trois la probabilité de perdre son emploi et réduit de 30% les chances d’en trouver un.

S’agissant du cancer, les pertes de chances professionnelles sont particulièrement importantes. La survenue d’un cancer multiplie par près de trois la probabilité de perdre son emploi et réduit de 30% les chances d’en trouver un, par rapport à une situation sans cancer. On sait aussi que les pertes de chance s’accentuent avec le temps car un éloignement durable du marché du travail dégrade les compétences et délaye les réseaux professionnels. Le maintien dans l’emploi des personnes nouvellement diagnostiquées est donc un moyen efficace de lutter contre les pertes de chances professionnelles induites par la maladie, lorsque les traitements le permettent et que la personne malade le demande.

En France, la faible prise en compte par les entreprises de la problématique du cancer est injustifiée, coûteuse pour les entreprises et collectivement ravageuse.

Or, les dispositifs permettant aux actifs souhaitant concilier cancer et emploi restent trop peu connus. Surtout, ils sont rigides et insuffisamment incitatifs pour les employeurs, contrairement à ce qui est mis en place dans les pays où le maintien dans l’emploi marche le mieux (accompagnement actif des salariés au Danemark et en Finlande, subventions aux employeurs en Suède, aux Pays-Bas et en Norvège). En France, la faible prise en compte par les entreprises de la problématique du cancer est injustifiée, coûteuse pour les entreprises et collectivement ravageuse.

Le maintien dans l’emploi crée de la richesse immatérielle qui contribue à la performance de l’entreprise.

Deuxièmement, les arrêts de travail coûtent chers aux entreprises. Une étude de 2007 a estimé le coût total de l’absentéisme lié aux cancers à 525 millions d’euros par an, ce qui équivaut à une moyenne de 9 000 euros pour un arrêt maladie d’une durée moyenne de 120 jours. Ces coûts dits « de friction » comprennent les compléments de revenus versés par les employeurs, les pertes de productivité résultant de l’absence de l’employé arrêté et/ou les éventuels coûts de recrutement et de formation d’un remplaçant. A l’inverse, une organisation flexible et une durée de travail réduite permettant aux salariés qui le peuvent de travailler pendant leurs traitements réduit les coûts de friction. Les économies générées, à rapporter au coût de 9 000 euros, vont de 665 à 4898 euros pour un salarié touchant un salaire médian, en fonction du nombre d’heures travaillées. Au niveau national, cela représenterait entre 74 et 491 millions d’euros par an d’économisés. Enfin, au-delà des économies de coûts, le maintien dans l’emploi crée de la richesse immatérielle qui contribue à la performance de l’entreprise. Les actifs sont nombreux (78%) à déclarer qu’une gestion adaptée du cancer en entreprise renforce la cohésion et l’engagement des équipes.

Les médecins soutiennent que le maintien d’une activité professionnelle réduite est un élément important de la guérison.

Troisièmement et enfin, l’absence de prise en compte du cancer par les entreprises est collectivement ravageuse dans une société où les progrès du dépistage et l’amélioration des techniques de diagnostic permettent de repérer les cancers de plus en plus tôt. Cela, plus le recul de l’âge de départ légal à la retraite, signifie qu’un nombre croissant d’actifs est concerné. Or, ces derniers et les médecins soutiennent que le maintien d’une activité professionnelle réduite est un élément important de la guérison en ce qu’il permet d’améliorer la qualité de vie des malades en préservant les liens sociaux, en redressant leur situation financière et en introduisant une routine aux airs de « normalité ».

Vous pouvez consulter l’infographie Asterès et Cancer@Work ci-dessous :

 

Article publié sur LinkedIn le 3 février 2017

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