Le coût de l’électrification des usages en France : 70 mds€ par an à horizon 2030
L’électrification des usages devrait fortement structurer l’économie française à horizon 2030, engendrant 81,3 Mds€ de dépenses d’investissement par an pour une économie d’énergie estimée à 11,6 Mds€ par an. L’investissement devrait être financé par les pouvoirs publics, les entreprises et les ménages et les effets économiques dépendront des modalités de financement, des chaines de valeur associées, des effets d’éviction à l’œuvre et de l’impact sur la compétitivité.
Méthode & scénario : hausse de la production et de la consommation d’électricité à horizon 2030
Asterès estime le coût de l’électrification à horizon 2030 en suivant une approche par secteurs et par acteurs de l’économie, en cohérence avec les scénarios de la SNBC 3. Les catégories analysées sont le logement résidentiel, les bâtiments tertiaires, les transports particuliers et professionnels, l’industrie et la production d’électricité. Le coût est estimé via deux volets : d’une part, les investissements nécessaires pour remplacer les équipements fonctionnant aux énergies fossiles par des équipements électriques ; d’autre part, l’impact sur les dépenses d’énergie, avec une hausse de la facture d’électricité et une baisse des dépenses en fioul, gaz, carburants et charbon. Le coût net est présenté par an. Lorsque cela est possible et cohérent, les investissements prennent en compte le renouvellement naturel des biens et Asterès isole d’une part l’électrification et d’autre part les changements de comportement (par exemple une réduction de la flotte de véhicules ou du nombre de kilomètres parcourus), souvent présentés en commun dans les documents de prospective.
Investissements et consommation d’énergies par secteur pour électrifier les usages : environ 81 mds€ d’investissement et près de 12 mds€ d’économies
Asterès estime les investissements annuels nécessaires à l’électrification à environ 81,3 Mds€ par an à horizon 2030 et les économies nettes liées à la réduction des fossiles à 11,6 Mds€. Les investissements se répartissent entre les énergéticiens (20 Md€), les logements résidentiels (21 Mds€), le transport de particulier (7 Md€), les bâtiments tertiaires (27 Md€), les transports routiers professionnels (5 Md€) et l’industrie (1,3 Md€). En conséquence, l’électrification modifie la facture énergétique avec une hausse des dépenses d’électricité et une réduction les dépenses en énergies fossiles. Les gains sur la facture énergétique se répartissent entre les logements résidentiels (4,1 Mds€), le transport particulier (5,3 Mds€), les bâtiments tertiaires (1,3 Md€) et les transports routiers professionnels (1,8 Mds€). Le seul secteur qui voit s’alourdir la facture énergétique est l’industrie, avec environ 900 M€ de hausse, la consommation supplémentaire d’électricité pesant ici davantage que la baisse des énergies fossiles. L’ensemble de ces montants ne prennent pas en compte les transferts publics qui peuvent entrer en jeu.
Conclusion : un coût net qui pèse notamment sur les entreprises et les ménages
En termes d’acteurs, et une fois pris en compte les mécanismes de subventions publiques, l’investissement à consentir à horizon 2030 serait de 31 Mds€ par an pour les entreprises, de 22,5 Mds€ par an pour les ménages et de 27,7 Mds€ par an pour les pouvoirs publics. Les gains sur la facture énergétique sont ensuite à déduire pour atteindre à horizon 2030 environ 28 Mds€ et 13 Mds€ par an de coût net, respectivement pour les entreprises et pour les ménages. Les conséquences économiques et financières dépendront notamment des modalités de financement (via la dette publique ou privée, des levées de fonds ou des économies et effets d’éviction sur d’autres dépenses), du coût de l’argent et des effets économiques en chaîne associés à l’électrification (notamment l’impact sur la compétitivité et sur les chaînes de valeur en France). Eu égard aux montants considérables en jeu, les économistes recommandent généralement de choisir les technologies et les investissements en fonction du coût de la tonne de carbone évitée, priorisant ainsi les actions qui maximisent l’effet climatique pour un montant donné.