Taxer les robots ? Un non-sens


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29 March 2017

Le robot humanoïde “Pepper” développé par le japonais Softbank. afp.com/KAZUHIRO NOGI

 

Karel Capek a utilisé le premier le mot “robot” dans une pièce de théâtre de 1920 intitulée R.U.R. Les robots s’y substituent à la main-d’œuvre humaine, puis, las d’être commandés par des hommes, se révoltent et les tuent. Il y a un siècle, le créateur des robots nous promettait déjà la fin du travail et de l’humanité. Pas étonnant, donc, que certains veulent les taxer pour le mal qu’ils sont censés nous faire.

Cette proposition de taxation prend aujourd’hui trois formes. La première émane de la députée européenne Mady Delvaux, qui le propose pour financer un revenu universel. Pour elle, le numérique, la robotique et l’intelligence artificielle (IA) vont raréfier les emplois. Le travail ne permettra plus à chacun de vivre décemment ; il faut donc dissocier activité et pouvoir d’achat grâce au revenu universel.

 

Une taxe robot justifiée par la fin du travail ?

Ce fut un temps aussi la position de Benoît Hamon. Non seulement je suis en désaccord avec ce diagnostic de la fin du travail, mais, en outre, le raisonnement ne tient pas. Comme l’avait montré Marx, toute valeur émane in fine du travail et seuls les travailleurs paient au bout du compte des impôts. Ainsi, une taxe robot justifiée par la fin du travail ne pourrait pas financer grand-chose. La raréfaction des emplois, même avérée, rétrécirait du même coup le financement du revenu universel.

La deuxième forme prise par cette taxe robot a été présentée par Bill Gates, qui considère que la destruction créatrice à venir est particulièrement rapide et vigoureuse. Comme Keynes en 1930, il craint que les destructions d’emplois soient supérieures, dans un premier temps, aux créations. Il s’inquiète aussi du fait que ces nouveaux emplois n’apparaissent pas dans les secteurs apportant la plus forte rentabilité sociale.  Gates propose donc que l’Etat applique aux robots les mêmes cotisations sociales et taxes que celles qui frappent les individus qu’ils remplacent. Le produit de ces prélèvements obligatoires serait utilisé pour financer des emplois supplémentaires dans les domaines du “care” et de l’éducation. Le socialisme n’est pas l’apanage des intellectuels français des années 1960.

 

Favoriser l’investissement.

La troisième version de la taxe robot est celle de l’économiste américain Jeffrey Sachs. Il ne croit pas à la fin du travail, mais la robotisation et l’IA vont bénéficier aux détenteurs de capitaux alors que les salariés dont les métiers vont être concurrencés par la machine vont s’appauvrir. Sachs propose de faire évoluer la fiscalité, non pour ralentir le progrès technique ou permettre à l’Etat de créer des emplois, mais comme outil de redistribution des actionnaires vers les salariés.

La situation française ne plaide guère pour une taxe sur les robots ni pour un alourdissement de la fiscalité sur le patrimoine. La résolution de nos problèmes passe non par le freinage de l’investissement, mais par son accélération. La France accueille 127 robots pour 10000 emplois industriels. Ce chiffre montre à 176 aux Etats-Unis, 305 au Japon et 531 en Corée du Sud (selon l’International Federation of Robotics). Taxer les robots enfoncerait davantage le pays dans son appauvrissement relatif. Augmenter la fiscalité du capital – déjà l’une des plus élevées au monde – aurait les mêmes effets délétères.

Au lieu d’affecter des milliards au soutien d’entreprises amenées à disparaître, réorientons cet argent vers une formation professionnelle rénovée, qui proposerait aux perdants de la destruction créatrice des compétences qui leur permettront de s’épanouir à l’ère de la robotique et de l’intelligence artificielle.

Article paru dans l’Express du 22 mars 2017

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