Notre politique fiscale est insensée


18 July 2017

Les territoires les plus prospères du monde investissent du capital, celui des résidents ou d’épargnants étrangers, pour financer les start-ups. Pas la France, hélas. Fotolia

 

L’allègement de la fiscalité du capital est crucial pour relancer la croissance et pour ramener vers notre pays des investissements et des talents, surtout dans un contexte Trump/Brexit qui, par effet de différence, rend la France plus attractive. C’est la raison pour laquelle les imprécisions et les reculs du Gouvernement inscrits dans la déclaration de politique générale du Premier Ministre sur les questions de l’ISF et du plafonnement à 30% de la fiscalité sur le capital ont grandement fâché ceux qui réfléchissent à ces questions depuis des années. Mieux inspiré que le Gouvernement, le Président de la République semble avoir pris la mesure du problème. Dont acte. Alléger la fiscalité du capital est favorable à l’économie sur le long terme. Mais à court terme, cette politique aggrave les inégalités car ce sont les revenus et les patrimoines les plus élevés qui en bénéficient le plus. Elle est donc impopulaire et doit être décidée et mise en œuvre en début de mandat, quand le Gouvernement dispose encore d’un capital de crédibilité élevé. Avoir la main tremblante sur ce sujet serait donc une erreur politique et économique.

 

Notre épargne, pourtant abondante, n’est pas suffisamment dirigée vers l’innovation

 

En effet, la croissance économique contemporaine est quasiment uniquement tirée par l’innovation. De la Silicon Valley à Singapour en passant par Israël, les territoires les plus prospères du monde investissent du capital, celui des résidents ou d’épargnants étrangers, pour financer les startups des nanotechnologies, des biotechnologies, de la robotique ou de l’intelligence artificielle. A contrario, l’une des grandes faiblesses de l’Europe en général, et de la France en particulier, c’est d’être incapable de financer ces entreprises qui changent le monde et confèrent à leur terre d’accueil un pouvoir économique et, de plus en plus, géopolitique. Si nous n’avons pas de Google, de Facebook, d’AirBNB, d’Amazon, de SpaceX, de Baidu, d’Alibaba ou de Tencent en France, c’est aussi parce que notre épargne, pourtant abondante, n’est pas suffisamment dirigée vers l’innovation en raison d’une fiscalité désincitative, notamment sur les dividendes.

 

La fiscalité française sur les revenus et le stock de capital est l’une des plus lourdes au monde

 

La France est devenue un bon pays pour la phase d’amorçage des entreprises. Créer une société et trouver des financements n’est pas compliqué, surtout depuis la création de la Banque Publique d’Investissement, en 2012. Les choses se corsent quand les startups qui ont survécu à leurs premières années commencent à avoir du succès. En France, trouver quelques dizaines voire quelques centaines de milliers d’euros est relativement aisé. Mais, passer le cap du million est rare. Sait-on que certaines entreprises de la Silicon Valley sont en train de lever 1 milliard de dollars ? Il ne faut pas se désoler, dans ces circonstances, de voir nos startups, après quelques années, passer sous pavillon américain ou asiatique. La fiscalité française sur les revenus et le stock de capital est l’une des plus lourdes au monde, caractérisée par des prélèvements en cascade. La logique commanderait au contraire d’inciter fiscalement les Français, surtout les plus riches, à investir dans du financement d’entreprise car c’est là que notre avenir économique se joue. A cet égard, la politique fiscale dans notre pays est, depuis des années, insensée.

 

Une bonne politique budgétaire consiste à alléger les impôts qui bloquent la croissance

 

Bercy invoque la nécessité de ramener le déficit public à moins de 3% du PIB en 2018. Très bien. Simplement, la France a payé pour savoir que l’alourdissement des prélèvements obligatoires dévitalisait peu à peu le secteur privé, avec, in fine, des résultats sur les recettes décevants. Une bonne politique budgétaire consiste au contraire à alléger les impôts qui bloquent la croissance tout en transférant au secteur privé des activités que le public n’a pas de raisons vitales d’effectuer lui-même. Ces idées de bon sens, il serait temps que le France les essaie. C’est notamment pour cela qu’Emmanuel Macron et été élu.

 

Édito publié dans L’Express du 12 juillet 2017

 

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