L’artiste et le producteur à l’épreuve des mutations technologiques

L’artiste et le producteur à l’épreuve des mutations technologiques


SPEDIDAM


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Étude sur l’impact des innovations dans les TIC sur la chaîne de valeur de l’industrie musicale pour SPEDIDAM, association défendant le  droit des artistes.

L’artiste et le producteur, collaboration et création de valeur

« Ici radio Caroline transmettant depuis le navire émetteur Ross Revenge ancré en eaux internationales de la Mer du Nord ; nous sommes abordés par des gens armés, SOS, SOS. » Le 19 août 1989, les marins
britanniques abordent la radio pirate Caroline. Une innovation technologique, les ondes, transforme les business models musicaux et les auditeurs consomment de la musique en toute illégalité. L’industrie
musicale a régulièrement connu des phases de « destruction créatrice » suite à des chocs technologiques.
En 1877 Thomas Edison invente le phonographe qui permet d’enregistrer et d’écouter des sons enregistrés. Le métier de producteur est en train de naître. Il devient possible d’écouter de la musique à
domicile, plus besoin de jouer soi-même, de faire jouer ses enfants ou de payer des musiciens. Le nombre de professeurs de musique et de musiciens professionnels est divisé par deux1. L’innovation affecte des
pans du monde musical, elle en crée de nouveaux.
Depuis les années 2000, l’essor des nouvelles technologies et d’Internet introduit un choc technologique majeur dans le monde musical. La baisse des coûts d’enregistrement et l’essor des réseaux de partage
(légaux ou non) permettent aux artistes de créer leur univers et de se révéler auprès du public avant l’enregistrement d’un CD. Le risque porté par le producteur se réduit : il n’investit plus seulement sur un
potentiel mais déjà sur un style et une base de fans (même réduite). La création de valeur se déplace vers l’artiste alors que le rôle du producteur se concentre sur la promotion et la diffusion plutôt que sur
l’enregistrement et la création. La collaboration entre artiste et producteur reste un aspect clef de la réussite musicale mais la valeur créée par l’artiste est accentuée par l’affaiblissement du rôle tenu par
l’enregistrement et par la relation plus directement entretenue avec le public (sur Internet et avec le renforcement du rôle de la scène).
Les « rapports de production » évoluent en conséquence : le contrat de licence (où le producteur est en charge de la promotion et la commercialisation du titre) devient plus courant, au dépend du contrat
d’artiste (où le producteur finance aussi l’enregistrement et possède l’exclusivité des droits).
Théoriquement, le déplacement de la création de valeur et la modification des rapports de production devrait entraîner un nouveau partage de la valeur ajoutée, au bénéfice de l’artiste. Force est de constater
que le débat sur les chiffres n’est pas tranché. Alors que l’innovation a entraîné une phase de destruction incarnée par la chute des ventes de CD (-45% depuis 2007), la phase créative (le téléchargement sur
Internet) tarde à entrer dans une logique marchande : de l’activité a bien été créée mais les acteurs peinent à récupérer les fruits de leur travail.
Internet est une opportunité pour l’ensemble des artistes : les phénomènes de révélations rapides créent un ascenseur social permanent et la faiblesse des coûts de diffusion et de stockage permettent un
élargissement du catalogue en ligne. Pourtant ces perspectives sont limitées par deux aspects clefs de l’économie sur Internet : l’oligopole (voire le monopole) des plateformes de diffusion et la question du
respect des droits (notamment de propriété). Dans ce cadre, l’action du législateur (la « superstructure » dans les termes marxistes) se doit de suivre l’évolution des acteurs économiques (« l’infrastructure »)
pour encadrer ces nouveautés et permettre le juste partage de la valeur créée. La musique se positionne ici comme précurseur et le cadre législatif musical est une prémisse de la régulation de la nouvelle
économie.